Chaque seconde compte : 100 000 $ envolés en moyenne par incident informatique en entreprise et une réputation en jeu

À l’ère du numérique omniprésent, chaque minute d’indisponibilité des systèmes informatiques provoque des pertes financières, une baisse de productivité et une atteinte à la confiance des clients. Delphine Ducastel-Boulon éclaire les causes et les solutions pour renforcer la résilience.

2025 a été marquée par plusieurs pannes informatiques d’une ampleur significative. Parmi les incidents les plus notables, on compte la panne du 20 octobre dans la région du centre de données US-EAST-1 en Virginie chez Amazon Web Services (AWS), ainsi que deux pannes majeures chez Cloudflare. La première, le 18 novembre, a affecté de nombreux sites web et plateformes, notamment des outils d’IA comme ChatGPT, des services de design tels que Canva, ainsi que des réseaux sociaux. La seconde, le 5 décembre, a provoqué une interruption massive touchant diverses plateformes d’IA et de traduction (DeepL, Copilot), des sites collaboratifs comme Notion, ainsi que des sites commerciaux.

Dans un monde où toute entreprise est désormais dépendante de ses systèmes numériques, les interruptions informatiques ne sont plus de simples problèmes techniques. Elles constituent des menaces stratégiques pouvant mettre en péril la santé financière, la productivité et la réputation des organisations. Dans une tribune intitulée «Chaque seconde compte : pourquoi les interruptions informatiques ne sont pas un simple problème technique», Delphine Ducastel-Boulon, country manager France chez DataCore, met en lumière un risque encore trop souvent sous-estimé par les entreprises.

Environ 100 000 dollars envolés par incident

« Beaucoup d’entreprises considèrent encore que quelques minutes de panne représentent un désagrément limité, alors que la réalité montre un impact bien plus conséquent », souligne-t-elle. Pour illustrer ses propos, Delphine s’appuie sur les chiffres de l’Uptime Institute, selon lesquels une interruption non planifiée coûte en moyenne plus de 100 000 dollars* par incident, un montant qui peut s’envoler jusqu’à plusieurs millions selon la criticité des services affectés. Au-delà du coût financier, les conséquences se traduisent par une perte directe de productivité, un affaiblissement de la confiance des clients et partenaires, une démotivation des équipes, voire une exposition accrue aux risques réglementaires.

Plus qu’un indicateur purement technique de performance IT, la disponibilité des systèmes doit ainsi être envisagée comme un levier stratégique. C’est en tout cas ce qu’affirme Delphine Ducastel-Boulon : « Les directions doivent intégrer la disponibilité comme un véritable indicateur de performance de leur entreprise. »

Le rôle souvent méconnu du stockage

De son analyse, il ressort que les interruptions informatiques déclenchent une réaction en chaîne qui perturbe l’ensemble des processus métier. Une panne ne se limite jamais à un seul service isolé : les commerciaux perdent l’accès à leurs CRM, les développeurs sont coupés de leurs environnements de travail, et la production peut complètement s’immobiliser faute de données en temps réel, explique-t-elle.

Ces blocages engendrent non seulement des retards et des surcoûts, mais aussi une perte de compétitivité durable. Dans des secteurs critiques tels que la finance, la santé ou l’e-commerce, une seule défaillance suffit à éroder la confiance des clients et des partenaires.

Un point particulièrement inquiétant, souligne Delphine Ducastel-Boulon, est le rôle souvent méconnu du stockage dans ces pannes. « Lorsqu’une interruption survient, le stockage est fréquemment le maillon faible, bien plus que les applications ou le réseau », précise-t-elle. Un stockage mal dimensionné ou insuffisamment redondant peut provoquer des défaillances silencieuses, ces « pannes grises » qui passent inaperçues avant d’entraîner un effondrement brutal du service. Un disque défectueux ou un contrôleur saturé, poursuit-elle, peut arrêter l’accès aux données, bloquant ainsi les bases de données et, par ricochet, les applications métier.

Surmonter les interruptions

Pour faire face à ces enjeux, Delphine Ducastel-Boulon plaide pour un changement de paradigme : la résilience ne doit pas être vue comme une condition acquise, mais comme une capacité dynamique à prévenir, absorber puis surmonter les interruptions « sans perte de continuité ». Cela implique une refonte des infrastructures en privilégiant la mise en miroir synchrone entre nœuds de stockage, la poursuite des opérations même en cas de panne, les maintenances à chaud, ainsi que des mécanismes automatiques de basculement et de reprise rapide.

Elle insiste : « Dans les environnements virtualisés, distribués ou conteneurisés, la disponibilité des données doit être garantie en permanence, quelles que soient les circonstances. La flexibilité seule ne suffit plus, il faut concevoir les systèmes pour qu’ils résistent à l’imprévu. »

Les outils de virtualisation du stockage jouent ici un rôle majeur, ajoute-t-elle. Ils permettent aujourd’hui de maintenir le service même lors de pannes matérielles, réduisent considérablement les temps d’arrêt (RTO) et offrent la possibilité de faire des mises à jour sans interruption.

Pour Delphine Ducastel-Boulon, prévenir les interruptions n’est plus une question de chance, c’est une question de design. « Chaque seconde d’indisponibilité évitée peut représenter des milliers, voire des millions, d’euros économisés et une confiance client préservée », prévient-elle.

*100 000 dollars équivalent à environ 50 millions de francs CFA.

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