Le Conseil d’administration de Smart Africa, regroupant des Chefs d’État, a récemment validé ce Schéma directeur pour la santé numérique (Digital Health Blueprint). Cette décision, prise en marge du Sommet Transform Africa 2025 à Conakry, consacre la santé numérique comme une infrastructure essentielle au développement socio-économique et à la préservation des vies.
Ce schéma directeur ne se limite pas à un simple document ; il constitue un cadre continental détaillé dont l’objectif principal est de bâtir des systèmes de santé numériques interopérables et véritablement centrés sur la personne. Il ouvre ainsi la voie à la création d’un Marché unique africain de la santé numérique.
Par ailleurs, ce cadre propose une feuille de route normalisée pour les pays africains, mettant l’accent sur l’échange sécurisé d’informations de santé, le renforcement de la performance globale des systèmes, ainsi que la libération du potentiel d’innovation locale.
Selon Smart Africa, ce cadre établit des fondations claires en matière de gouvernance, de politiques, de normes, de renforcement des compétences et d’infrastructures. De plus, il prévoit d’impulser la mise en œuvre via des plateformes technologiques et des mécanismes de financement durables.
Systèmes de santé non connectés
L’urgence de cette transformation est criante, comme le démontrent les indicateurs sanitaires africains, nettement en deçà des moyennes mondiales. Par exemple, l’espérance de vie moyenne en Afrique n’est que de 64 ans, contre 72 ans au niveau mondial. De même, la mortalité infantile s’élève à 47 décès pour 1 000 naissances vivantes, soit près du double de la moyenne mondiale. À cela s’ajoutent des dépenses de santé par habitant en Afrique subsaharienne qui ne s’élèvent qu’à 79 dollars, contre 1 015 dollars au niveau mondial.
Derrière ces chiffres se cache la réalité amère de systèmes de santé fragmentés, qui déploient certes des efforts considérables, mais ne parviennent pas à collaborer efficacement. Pour Smart Africa, le problème fondamental ne réside pas dans un manque d’expertise ou de dévouement du personnel, mais dans un déficit critique de connexion entre les structures de soins.
Pour illustrer ce point, l’alliance africaine prend l’exemple concret d’un patient, tel que la jeune fille diabétique de 15 ans citée dans le communiqué : lorsqu’elle s’effondre, la clinique locale ne peut pas accéder à son dossier médical électronique ni à son historique de traitement. Dans ce cas, les agents de santé sont obligés de procéder par supposition ou de retarder la prise en charge, ce qui conduit parfois à des pertes de vies simplement parce que les informations vitales ne sont pas disponibles au moment opportun.
En outre, en l’absence de normes communes et d’interopérabilité, chaque structure fonctionne en silo. Cela rend inefficaces les transferts de patients, le suivi des épidémies et l’évaluation des politiques de santé à l’échelle nationale ou continentale.
Promesses du Digital Health Blueprint
L’adoption de ce schéma directeur intervient à un moment de convergence technologique sans précédent en Afrique. En effet, d’ici 2030, les connexions SIM atteindront 1,36 milliard, couvrant 99% de la population, tandis que le taux de pénétration des smartphones passera de 51% à 88%.
Par conséquent, pour le Conseil d’administration de Smart Africa, cette ubiquité numérique offre une occasion unique de repenser la prestation des services de santé. Ainsi, le Digital Health Blueprint promet non seulement de garantir l’échange sécurisé d’informations, mais aussi de permettre aux dossiers médicaux de « suivre » le patient. Cela assure une prise en charge immédiate et éclairée, même au-delà des frontières nationales. De plus, l’ambition est de créer un Marché unique africain de la santé numérique — ou Espace africain des données de santé — permettant ainsi l’agrégation et l’analyse de données en vue d’améliorer la recherche, la planification et la réponse aux crises sanitaires. Enfin, en standardisant les plateformes, le Schéma libère l’énergie des innovateurs africains pour créer des solutions numériques de santé qui peuvent être rapidement déployées à l’échelle du continent.
Comme l’a souligné Lacina Koné, DG et PDG de Smart Africa, la validation de ce cadre est une affirmation claire que «l’avenir des soins de santé en Afrique sera numérique, interconnecté et conçu par des Africains pour les Africains».
L’impact recherché est donc une réduction significative de la mortalité évitable, ainsi qu’un meilleur accès aux soins pour des millions d’Africains, en s’assurant qu’«aucun Africain ne perde la vie parce que ses informations de santé n’ont pas pu le suivre».
La prochaine étape sera la mise en place du Réseau de leadership pour la santé numérique de Smart Africa, afin de concrétiser cette vision sur le terrain.
