Nommé dans le second gouvernement du Premier ministre Beugré Mambé — rendu public l’après-midi du vendredi 23 janvier 2026 — Djibril Ouattara, ancien directeur général de MTN Côte d’Ivoire, prend les rênes d’un secteur stratégique. Une analyse des enjeux actuels permet de mesurer l’ampleur des dossiers qui l’attendent.
Continuité et vision
Successeur de Kalil Konaté, il devra d’abord garantir la continuité de la politique numérique nationale. Celle-ci repose sur trois axes majeurs : l’amélioration de la gouvernance du secteur, l’accélération de la transformation digitale de l’économie et la modernisation de La Poste. C’est l’avis d’un observateur averti souhaitant garderl’anonymat. Pour lui, le nouveau ministre devra « éviter une rupture brusque », tout en clarifiant rapidement sa propre vision pour s’approprier le portefeuille et rassurer les partenaires : opérateurs, bailleurs, startups et usagers.
Selon cet analyste, l’administration attend également des signaux clairs. La dernière feuille de route insiste sur la nécessité d’un pilotage unifié des systèmes d’information et d’une gouvernance numérique forte entre les ministères, « ce qui suppose un leadership visible ».
Connectivité rurale
Concernant l’infrastructure, la priorité demeure la couverture numérique territoriale, notamment dans les zones rurales et périurbaines. « Malgré les progrès (plus de 33 000 km de fibre déployés et une couverture 4G à 91 % en 2024), de nombreuses zones restent mal connectées ».
Dans ce contexte, « le ministre va devoir poursuivre les programmes de service universel pour connecter les zones blanches et semi-rurales ; négocier avec les opérateurs pour une baisse des tarifs internet et mobile, surtout pour les usagers à faible revenu ; suivre les investissements prévus (ex. les 33 milliards FCFA pour les nouvelles technologies en zones rurales) et en valoriser les résultats auprès de la population ».
Digitalisation des services publics
L’un des chantiers les plus visibles sera la dématérialisation des services de l’État. Si 232 e‑services existent déjà, ils demeurent souvent fragmentés ou peu accessibles. Le ministre devra donc prioriser la consolidation et l’harmonisation des plateformes (comme le portail unique ou les e‑démarches EDA) pour éviter la dispersion des efforts.
Autre levier essentiel : veiller à ce que les services prioritaires (état civil, santé, éducation, justice, agriculture) soient accessibles rapidement sur mobile, même sans connexion stable. Enfin, « il lui faudra accentuer la formation des agents publics et la sensibilisation des citoyens, particulièrement là où l’illectronisme reste élevé ».
Financement de l’économie numérique
Bien que le ministre hérite d’un budget en hausse (plus de 83,2 milliards FCFA en 2026), il devra démontrer que ces investissements génèrent des recettes tangibles. Cela passe, selon notre observateur, par une accélération de la collecte des recettes via les paiements numériques.
L’accompagnement des startups, au-delà du cadre légal existant, ainsi que le développement de pôles d’innovation (tels que la Cité de l’Innovation à Grand‑Bassam), participeront à cet objectif. Parallèlement, le nouveau patron du secteur devra « s’évertuer à trouver un équilibre entre l’ouverture des marchés (ex. : nouvelle loi sur les communications électroniques) et la protection des consommateurs, pour éviter une chute de la confiance ».
Intelligence artificielle et données
En 2025, la Côte d’Ivoire a lancé sa stratégie nationale d’IA et de gouvernance des données à l’horizon 2030. Sur ces dossiers techniques et éthiques, le ministre devra « faire de la gouvernance des données un outil de transformation (open data, partage interministériel, sécurité) et non une simple boîte à projets ».
Cela implique une collaboration étroite avec les secteurs clés pour déployer des usages concrets de l’IA, tout en encadrant les risques de désinformation. La mise en place de « cadres légaux et éthiques clairs autour de l’IA et de la protection des données, en lien avec les ministères de la Justice, des Finances et de l’Économie » sera déterminante.
Sur le front de la cybersécurité, bien que le pays figure dans le top 10 africain du Global Cybersecurity Index, la menace persiste. Le ministre devra « sensibiliser au renforcement de la culture zero trust dans les administrations et favoriser la mise en place de mécanismes clairs pour lutter contre la fraude en ligne ».
Leadership et visibilité politique
Le succès du ministre dépendra de sa capacité à agir comme facilitateur et arbitre de l’écosystème. C’est à ce prix qu’il pourra « maintenir la concurrence entre les opérateurs télécoms, tout en encourageant l’investissement ». Ce leadership est crucial pour inciter les autres ministères à franchir le pas du numérique et pour structurer un écosystème incluant jeunes, femmes et PME.
« Le ministre va devoir construire une visibilité forte : Ibrahim Kalil Konaté a été un ministre médiatique […]. Son successeur devra, à son tour, rendre le numérique visible et compréhensible pour les citoyens, en définissant quelques projets phares réalisables en 12–18 mois pour prouver la performance et gagner la confiance du Chef de l’État et du Premier ministre. En outre, il devra faire la part des choses entre la communication et la gestion technique de très gros projets interministériels », soutient notre interlocuteur.
Si ces enjeux sont relevés, la Côte d’Ivoire pourra s’imposer comme le véritable hub numérique de l’Afrique de l’Ouest d’ici 2030.
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