Nomba connecte la RDC et l’Afrique au Canada via l’acquisition d’une société de services monétaires

En rachetant une Money Services Business canadienne, la fintech Nomba redéfinit les paiements transfrontaliers entre la RDC et le Canada, offrant aux entreprises africaines en générale une infrastructure rapide et sécurisée.

Yinka Adewale, co-fondateur et PDG de la fintech nigériane Nomba. Crédit photo : Issuu

Implantée en République démocratique du Congo (RDC) depuis novembre 2024, Nomba jette les bases d’une ambition transcontinentale forte. Après une année passée à tisser discrètement ses réseaux d’agents à Kinshasa et à obtenir les autorisations réglementaires nécessaires pour les transferts d’argent internationaux au sein du pays, la fintech a racheté une société de paiement canadienne (MSB) afin de mettre en place des infrastructures de commerce interentreprises simples et rapides. Dans le cas de la RDC, géant d’Afrique centrale représentant l’une des économies les plus prometteuses, cette acquisition n’est pas fortuite.

Alors que le pays s’impose comme un acteur incontournable de la transition énergétique mondiale grâce à ses réserves importantes de cobalt, de cuivre et de lithium, le Canada demeure l’un des principaux centres de financement et d’expertise technique pour l’industrie minière globale. Pourtant, jusqu’à présent, les flux financiers entre les sites miniers du Katanga ou du Lualaba et les sièges sociaux basés à Toronto ou Vancouver étaient entravés par une bureaucratie bancaire lourde. Dans ce contexte, l’acquisition d’une société de services monétaires, ou Money Services Business (MSB), agréée au Canada, prend tout son sens.

Pont direct Afrique-Canada

Cette opération, finalisée au deuxième trimestre 2025 et soutenue par une injection de 2 millions de dollars, vise à créer un pont direct entre les marchés africains et canadiens. En possédant désormais sa propre couverture réglementaire sur le sol canadien, Nomba se donne les moyens de traiter localement les fonds et de connecter directement les flux en dollars canadiens aux devises africaines.  

Pour la RDC, dont les ressources minières et les matières premières attirent de nombreux investisseurs canadiens, cette innovation simplifie radicalement des processus qui étaient autrefois longs et fastidieux. Grâce aux comptes locaux en dollars canadiens (CAD) proposés par Nomba, une entreprise minière à Kolwezi peut désormais régler ses fournisseurs en Ontario sans passer par plusieurs banques correspondantes européennes ou américaines. Toutes choses ayant pour conséquence la facilitation des paiements transfrontaliers interentreprises. Ce qui constitue d’ailleurs le cœur de la mission de la fintech qui a levé 30 millions de dollars en 2023.

Supprimer les frictions

Les transactions entre l’Afrique et le Canada reposaient traditionnellement sur des réseaux de banques correspondantes. Aujourd’hui, l’intervention de Nomba permet de supprimer les intermédiaires inutiles. Selon l’entreprise, il en résulte une réduction spectaculaire des coûts de transaction, pouvant atteindre 40 à 60%, tout en garantissant des règlements en temps quasi réel. Cette avancée majeure permet aux importateurs et exportateurs de s’affranchir des délais de règlement qui pouvaient auparavant s’étendre sur une semaine entière, entravant ainsi la fluidité de leur trésorerie.

Comparatif des paiements B2B : banque traditionnelle vs Nomba

Pour illustrer l’efficacité de ce modèle, la fintech se sert de l’usage qu’en fait une société nigériane de services pétroliers et gaziers. Cette entreprise, qui collabore régulièrement avec des partenaires canadiens, devait autrefois composer avec des taux de change incertains et des rapprochements manuels complexes. Depuis qu’elle utilise l’infrastructure de Nomba, elle dispose de comptes locaux en dollars canadiens, ce qui lui permet de percevoir ses paiements le jour même. Cette réactivité offre une agilité nouvelle pour gérer la paie des employés, régler les fournisseurs ou réinvestir immédiatement les fonds dans les opérations locales.

Selon la fintech Nomba, les bénéfices apportés aux entreprises africaines par ces nouvelles infrastructures se traduisent déjà par des résultats concrets sur le terrain. Au cours du seul mois de janvier 2026, la plateforme a traité plus de 3 millions de dollars. Une croissance rapide qui démontre que le besoin d’une infrastructure fiable et prévisible était immense.

Connecter l’Afrique au reste du monde

Pour Yinka Adewale, co-fondateur et PDG de la fintech Nomba, l’établissement de ce corridor entre l’Afrique et le Canada n’est que la première étape d’une vision beaucoup plus vaste. Le dirigeant souligne que les paiements commerciaux pour les entreprises du continent ont trop longtemps dépendu de systèmes qui n’avaient jamais été conçus pour la rapidité ou la transparence. Il affirme d’ailleurs avec conviction que si le lien avec le Canada est désormais une réalité consolidée, l’objectif final est de connecter l’Afrique au reste du monde entier.

C’est clair que l’ambition de Yinka Adewale est de mettre en place une infrastructure bancaire aux normes internationales qui permette aux sociétés locales d’opérer avec la même aisance à Kinshasa qu’à Toronto. En étant structurellement prêtes à commercer partout dans le monde, ces entreprises peuvent désormais envisager une expansion globale sans être freinées par les barrières financières du passé.

Cette acquisition au Canada marque-t-elle le début d’une ère nouvelle où la technologie financière devient le véritable moteur de l’intégration économique de l’Afrique dans le commerce mondial ? L’avenir le dira.