Le paysage africain du capital-risque est en pleine reconfiguration. Selon le rapport 2025 Africa Investment Report de Briter, alors que le continent a connu une augmentation de 25 % du financement total — atteignant ainsi 3,6 milliards de dollars — la domination traditionnelle des «Big Four» (Kenya, Afrique du Sud, Égypte et Nigeria) est remise en question par un recentrage géographique. Plus particulièrement, le Nigeria est confronté à sa plus faible part de financement régional depuis 2019.
Le pire score depuis six ans
Si l’Afrique du Sud (1,2 milliard USD), le Kenya (1,1 milliard USD), l’Égypte (599 millions USD) et le Nigeria (319 millions USD) ont levé la majeure partie des fonds en 2025, ce dernier enregistre néanmoins sa part de financement la plus faible depuis six ans. Ce constate est d’autant plus frappant que le pays a pourtant enregistré le plus grand nombre de transactions (208). Un paradoxe pour cette nation qui était, autrefois, le leader incontesté du secteur technologique sur le continent.
Depuis 2019, le Nigeria a toujours été à l’avant-garde, captant souvent la part du lion des investissements. Ce fut notamment le cas en 2021, année record où le pays avait attiré 2 milliards USD de financements. Contrairement à cette période faste, les données de 2025 révèlent une forte contraction.
Les raisons du déclin
D’après le rapport, ce déclin n’est pas seulement un ralentissement passager de l’activité, mais reflète un changement structurel dans la façon dont les investisseurs perçoivent désormais les risques et les opportunités du marché nigérian.
Plusieurs facteurs contribuent en effet à refroidir le sentiment des investisseurs. En premier lieu, l’instabilité macroéconomique joue un rôle prépondérant. Les fortes fluctuations monétaires et l’inflation élevée ont érodé la valeur réelle des rendements pour les investisseurs étrangers, rendant la préservation du capital particulièrement difficile.
Par ailleurs, le rapport souligne qu’une part importante des investissements reste confidentielle en raison de l’opacité structurelle de certains marchés, un facteur qui peut dissuader les capitaux institutionnels peu enclins au risque.
Enfin, on observe une tendance grandissante à l’abandon du modèle de «croissance à tout prix» qui caractérisait les années précédentes. Les investisseurs privilégient désormais une approche mettant l’accent sur la rentabilité et la viabilité économique. Or, de nombreuses startups nigérianes, en particulier dans le secteur de la fintech à forte intensité capitalistique, sont encore en phase de maturation pour répondre à ces nouvelles exigences.
Consolidation et reconfiguration
Cette réduction des financements a déclenché une vague de consolidation. L’écosystème passe ainsi d’une phase d’expansion rapide à une phase de reconfiguration , caractérisée par une augmentation des activités de fusion-acquisition. À ce titre, plus de 160 acquisitions ont été recensées en 2025, les startups en difficulté cherchant des solutions de rachat ou des retraits stratégiques.
Autre impact majeur : de nombreuses entreprises en phase de démarrage ont de plus en plus de mal à combler le fossé entre le financement d’amorçage (Seed) et la Série A, ce qui entraîne un taux de mortalité plus élevé pour les jeunes pousses.
De plus, on constate que les capitaux sont désormais fortement concentrés dans les secteurs dits «défensifs» tels que la fintech, la santé et l’agroalimentaire, souvent au détriment de niches plus expérimentales ou orientées vers la consommation directe.
Le Nigeria face au reste du Big Four
Le ralentissement du Nigeria est encore plus flagrant lorsqu’on le compare à ses pairs. Selon le rapport, le Kenya et l’Égypte ont maintenu une forte dynamique, largement soutenue par d’importantes méga-transactions (supérieures à 100 millions de dollars), qui ont représenté 25 % de la valeur totale des financements africains en 2025.
Quant à l’Afrique du Sud, elle demeure un bastion de stabilité, attirant un flux constant de transactions grâce à un environnement entrepreneurial plus mature. En conséquence, le Nigeria voit sa domination s’affaiblir, les investisseurs diversifiant leurs portefeuilles à travers le continent afin d’atténuer les risques spécifiques à chaque marché national.
L’émergence de nouveaux challengers
Le signe le plus révélateur de ce déclin relatif est peut-être l’émergence de nouvelles destinations attractives. D’après le rapport, les investisseurs se tournent de plus en plus vers des écosystèmes émergents qui affichent un flux constant de transactions, au-delà des quatre piliers traditionnels.
Des marchés tels que le Sénégal (173 millions USD pour 18 transactions), l’Île Maurice (79 millions USD pour 8 transactions), le Ghana (60 millions USD pour 118 transactions) et le Maroc (52 millions USD pour 37 transactions) deviennent très attractifs. Cette dynamique repose sur l’amélioration des cadres réglementaires et sur un vivier croissant de talents technologiques.
En captant une part plus importante du «continuum de capitaux», ces régions indiquent que l’avenir de la technologie africaine pourrait être beaucoup plus décentralisé et multipolaire que par le passé.
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