Jean-Claude Sigui : « Faire de la Côte d’Ivoire le modèle de gouvernance numérique de l’UEMOA : le défi des Africa CIO Tech Days »

Les 2 et 3 juillet 2026, Abidjan accueillera la 3ème édition des Africa CIO Tech Days (ACTD). Porté par le Club DSI Côte d’Ivoire, l'événement explore cette année un thème central : « Accélérer la performance des organisations à l'ère de l'IA : Automatisation Intelligente et Cybersécurité intégrée comme levier stratégique de Création de valeur ». Entretien exclusif avec Jean-Claude Sigui, Président du Club DSI, sur une conférence qui ambitionne de définir la nouvelle trajectoire numérique de la région.

Impact Numérique : En quelques mots, pouvez-vous nous présenter le Club des DSI de Côte d’Ivoire ?

Jean-Claude Sigui : Le  Club  des  DSI  de  Côte  d’Ivoire  est  une  association  qui  rassemble  plus  de  400  CIO,  CDO,  CSO  et  IT Managers des entreprises publiques et privées de Cote d’Ivoire. Notre mission est de renforcer les capacités des membres, développer l’écosystème et favoriser le partage de bonnes pratiques.

Après  deux  éditions  fondatrices, les  ACTD 2026  s’ouvrent au  Patronat  Ivoirien sous le signe de la performance. Quel est l’objectif prioritaire de ce rendez-vous cette année, et comment comptez-vous faire d’Abidjan le centre de gravité de la transformation digitale régionale pendant ces deux jours?

Les Africa CIO Tech Days sont nés d’une conviction simple : les DSI africains n’ont pas besoin d’aller à Paris, Barcelone ou Dubaï pour accéder aux meilleures réflexions sur la transformation numérique. Ils ont besoin d’un espace à eux – organisé par des pairs, pour des pairs – où la parole est libre, les échanges sont concrets, et les solutions présentées correspondent aux réalités de nos organisations.

Après deux éditions qui ont confirmé cette pertinence, les ACTD 2026 franchissent une nouvelle étape. Cette année, nous accueillons nos travaux dans la salle de conférence du Patronat Ivoirien – un ancrage symbolique fort, au cœur de la communauté des décideurs économiques du pays. L’objectif prioritaire est clair : faire sortir chaque participant avec des décisions concrètes à prendre dans son organisation.

Pas de concepts, pas de visions générales – des cas d’usage réels, des retours d’expérience authentiques, des outils éprouvés.

Et Abidjan n’est pas qu’un lieu d’accueil. C’est un carrefour. Nous inviterons des DSI de Guinée, du Mali, du Burkina Faso, du Bénin, de la RDC, du Maroc, de la Tunisie, du Sénégal, de l’Afrique du Sud, etc. Ces deux jours doivent rayonner bien au-delà de nos frontières.

Le thème de cette édition lie directement l’IA et la cybersécurité à la création de valeur. Comment le Club DSI compte-t-il accompagner les organisations pour transformer ces outils,  souvent  perçus  comme  des  centres  de  coûts,  en  véritables  piliers  de  la  souveraineté économique nationale ?

C’est précisément la bataille de perception que nous menons depuis la création du Club DSI. Ce que nous avons mis en place avec les ACTD, c’est un modèle original : les éditeurs, intégrateurs et startups qui nous accompagnent  ne  viennent  pas  pour  faire  de  la  publicité.  Ils  viennent  présenter,  en  plénière,  des  cas d’usage concrets – des situations réelles dans lesquelles leurs solutions ont généré une valeur mesurable pour  une  entreprise.  Le  DSI  qui  est  assis  en  face  peut  immédiatement  projeter  cela  dans  son  propre contexte. Ce format change tout.

Quand un DSI voit un pair témoigner d’une réduction significative des incidents de sécurité après l’intégration d’une solution de détection comportementale, il ne s’agit plus d’un argument commercial : c’est une preuve.

C’est comme ça que l’on transforme la perception : la cybersécurité cesse d’être une dépense pour devenir un investissement stratégique, et l’IA cesse d’être un mot à la mode pour devenir un levier opérationnel.

Des partenaires comme Palo Alto, Qualys, Varonis, MTN, Comafrique, Novasys, Diamond Security, LS Groupe, Jabra, mais aussi Veone, Raxio, Transnumerik, Talentys et Ostec, ont compris ce modèle et y adhèrent pleinement. C’est ce partenariat de confiance que nous consolidons àchaque édition.

Au-delà de la productivité, comment l’automatisation intelligente peut-elle devenir un moteur d’innovation responsable pour l’inclusion financière en Afrique ?

L’automatisation intelligente n’a de sens que si elle répond à des problèmes réels vécus par nos concitoyens. Et en Afrique de l’Ouest, ces problèmes sont bien identifiés : accès limité aux services administratifs, inclusion financière incomplète d’une population majoritairement non bancarisée, systèmes de santé sous-digitalisés.

Ce qui est remarquable, c’est que des réponses africaines existent déjà. Des systèmes de scoring de crédit alternatif basés sur les données de mobilité ou de téléphonie permettent d’inclure des millions de personnes exclues du circuit bancaire classique. Des plateformes de services publics en langues locales, alimentées par des modèles de langage, rapprochent l’État du citoyen. Les ACTD sont précisément le lieu où ces expériences circulent entre pairs, où un DSI du secteur bancaire ivoirien peut s’inspirer de ce qu’un homologue sénégalais ou camerounais a déployé, et vice versa.

Ce partage horizontal, entre praticiens africains, est notre valeur ajoutée la plus précieuse. Nous ne dépendons pas des prescriptions venues d’ailleurs ; nous construisons notre propre corpus d’expériences.

Face à des cybermenaces dopées par l’IA, comment les DSI adaptent-ils leur défense ? Avez-vous un exemple où la sécurité a directement sauvé un service essentiel aux citoyens ?

La menace s’est profondément transformée. L’IA est désormais une arme offensive : génération de phishing ultra-personnalisé, automatisation des tentatives d’intrusion àgrande échelle, contournement intelligent des systèmes de détection classiques. Les équipes de sécurité de nos organisations, souvent sous-dimensionnées face à l’ampleur de la surface d’attaque, se trouvent en situation d’asymétrie croissante.

La réponse que nous promouvons, c’est la cybersécurité intégrée dès la conception ; ne plus traiter la sécurité comme une couche ajoutée en fin de projet, mais comme une colonne vertébrale architecturale.

Cela implique une montée en compétence permanente des équipes, des outils de détection comportementale, et une gouvernance claire des accès et des données.

Des membres de notre communauté, accompagnés par des éditeurs partenaires comme Palo Alto, Qualys ou Varonis, ont vécu des situations où une détection proactive a évité l’irréparable. Je pense à un cas dans le secteur logistique où une tentative d’intrusion sur un système de gestion de flux de marchandises a été neutralisée avant d’affecter une chaîne d’approvisionnement critique pour les clients de cette organisation. Ce n’est pas un incident informatique que l’on a évité, c’est une crise énorme.

Quelle place les ACTD2026 accordent-ils aux startups locales et comment facilitez-vous leur connexion avec les grands donneurs d’ordres ?

Les  startups  ne  sont  pas  des  invitées  de  second  rang  aux  ACTD, elles  sont  des  protagonistes à part entière. Notre modèle leur offre la même tribune qu’aux grands éditeurs : une présentation en plénière, sous forme de cas d’usage, devant un parterre de DSI directement en capacité de décider, d’expérimenter, d’ouvrir des portes.

C’est une rupture avec les formats classiques où les startups sont reléguées à un couloir d’exposition que personne ne visite vraiment. Ici, elles parlent au même niveau, dans la même salle, au même moment. Et parce que nos membres sont des praticiens qui comprennent les enjeux opérationnels, le dialogue est immédiatement  substantiel  – on  parle  intégration,  interopérabilité,  déploiement à l’échelle,  conditions contractuelles. La connexion avec les donneurs d’ordres n’est pas une promesse, c’est une mécanique que nous avons construite édition après édition.

L’enjeu pour 2026 est d’aller plus loin, en structurant un espace de mise en relation formalisé entre startups sélectionnées et grands comptes membres du Club, avec un suivi post-événement pour mesurer les collaborations effectivement initiées.

Au terme de ces travaux le 3 juillet prochain, quel message fort ou appel à l’action souhaitez-vous adresser aux décideurs politiques et économiques pour consolider le leadership technologique de la Côte d’Ivoire au sein de la zone UEMOA ?

Mon message sera direct : le numérique n’est pas un secteur parmi d’autres. C’est l’infrastructure transversale de toutes vos politiques : la santé, l’éducation, la fiscalité, la sécurité nationale, la compétitivité industrielle. Toutes ces ambitions s’effondrent si la colonne vertébrale numérique est fragile, non souveraine ou mal gouvernée.

La Côte d’Ivoire dispose d’atouts réels : un écosystème de startups en plein essor, des compétences IT reconnues à l’échelle continentale, une infrastructure télécom en progression. Il faut transformer ces atouts en leadership durable.

La Côte d’Ivoire peut et doit être le modèle de gouvernance numérique de l’UEMOA. Les ACTD sont le lieu où cette ambition se formalise, se partage entre pairs, et se transforme en engagements collectifs.

Pour conclure sur une note plus personnelle, auriez-vous un souvenir marquant des éditions précédentes qui illustre l’esprit de solidarité du Club DSI Côte d’Ivoire ?

Ce qui me touche le plus profondément, ce n’est pas un discours ou une intervention brillante ; c’est toujours ce qui se passe dans les coulisses. Je me souviens d’un moment, lors de l’une des premières éditions, où quelques heures avant l’ouverture, plusieurs détails logistiques restaient àrégler. Sans qu’on ait besoin de demander quoi que ce soit, des membres du Club – des DSI qui gèrent dans leurs organisations des équipes entières – se sont spontanément mobilisés. Ils ont aidé àl’installation, coordonné des livraisons, géré des imprévus de dernière minute. Des directeurs qui auraient eu toutes les raisons de considérer que ce n’était pas leur rôle.

Le Club DSI Côte d’Ivoire n’est pas une association de prestige. C’est une communauté de praticiens qui agissent ensemble. Et les ACTD en sont la plus belle expression.

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Président du Club DSI Côte d’Ivoire, Jean-Claude Sigui est Ingénieur, MBA Gouvernance des SI et Cybersécurité de l’École de guerre économique de Paris/Rabat

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contact@impact-numerique.com

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