L’impact de Tylimmo sur la location-vente en Côte d’Ivoire : le nouveau défi de Steven Bédi après le succès de Push

Lancée par Steven Bédi, cofondateur de Push Côte d'Ivoire, Tylimmo digitalise la location-vente avec l'ambition de transformer 100 000 locataires en propriétaires. Parrainée par le ministre ivoirien Bruno Koné, cette initiative promet de dynamiser l’accès au logement grâce à un système de scoring innovant et des partenariats stratégiques.

En Côte d’Ivoire, le loyer absorbe en moyenne 50 % du revenu des ménages et seuls 53 % des foyers sont propriétaires — dont 70 % par héritage. Pour des millions de citoyens, l’accès à la propriété reste un mirage. C’est ce fossé que vise à combler Tylimmo Africa, une plateforme digitale lancée le 10 décembre dernier à Abidjan.

Portée par Steven Bédi, cette solution vient répondre à une crise structurelle : un déficit de 800 000 logements qui s’aggrave chaque année, exacerbé par une économie informelle à 90 %, un taux de bancarisation inférieur à 20 % et un faible taux de 8 % pour les crédits hypothécaires. Contrairement aux prêts classiques, inaccessibles aux jeunes, aux femmes et aux travailleurs du secteur informel, Tylimmo réinvente la location-vente. Le concept se veut simple : permettre au locataire de payer son loyer pour devenir, à terme, propriétaire. «Nous achetons des logements pour les mettre à la disposition des ménages en location-vente», explique Steven Bédi.

Locataires d’aujourd’hui, propriétaires de demain

Imaginez Awa, jeune commerçante d’Abidjan, ou Koffi, planteur dans l’intérieur du pays : ils représentent les héros de cette innovation. Ces locataires, souvent exclus des banques traditionnelles, s’inscrivent sur la marketplace Tylimmo, téléchargent leurs justificatifs de paiements de loyer digitalisés, obtiennent une attestation de scoring et accèdent à des biens en location-vente. La plateforme centralise l’ensemble du processus : domiciliation des flux, encaissements pour le compte des promoteurs immobiliers et mise en place d’une garantie contre les loyers impayés (couvrant 12 mois) pour les agences agréées après trois mois d’utilisation.

Avec un capital de 100 millions de francs CFA, Tylimmo vise 10 000 ménages scorés en 2026 et 100 000 d’ici 2030-2035, sur un marché évalué à 6 milliards d’euros. Soutenue par l’Agence nationale de l’habitat (Anah), Mansa Bank pour le financement, Bloomfield Investment pour la notation, Joseph Titrisation pour la titrisation, Saar Assurance pour la couverture et Bloomfield Intelligence pour le scoring, la startup crée un écosystème vertueux. «Digitaliser, scorer, financer, loger», résume le processus simple qui veut transformer les rêves en réalité.

De la fintech à l’immobilier

Startuppeur dans l’âme, Steven Bédi n’en est pas à son coup d’essai. Lauréat du Prix national d’excellence 2025 et membre du Choiseul 100 Africa, il a déjà marqué la fintech avec Push Côte d’Ivoire. Tout commence en 2019 avec PANELYS, une carte d’inclusion financière inspirée par sa fille, Lys. Malgré les doutes initiaux sur la viabilité d’un produit bancaire destiné à une population peu alphabétisée, Push voit le jour en 2021 grâce à un investissement d’un million d’euros.

Le parcours a été jalonné de défis : nuits blanches sur les business plans, incertitudes liées au Covid et refus bancaires. Pourtant, le succès est au rendez-vous : 1,5 million de clients, un million de planteurs bancarisés et des millions de transactions agricoles traitées. «L’impact avant l’argent (Impact over money)», martèle Steven Bédi dans une lettre ouverte publiée sur les réseaux sociaux. La sortie de Push (exit), saluée par la médaille du Sénat français, n’était qu’un prélude.

Ce succès auprès du secteur informel — qui représente 40 % du PIB ivoirien — sert aujourd’hui de modèle à Tylimmo. Si Push a bancarisé les « invisibles », Tylimmo se donne pour mission de les loger. Bédi, président d’honneur du patronat des startups ivoiriennes (#Ci20), passe de la fintech agricole à l’immobilier, avec la même empathie pour les exclus. « Toute la Côte d’Ivoire soupire après cette opportunité de location-vente », dit-il.

Soutien institutionnel

La cérémonie de lancement, placée sous le parrainage de Bruno Koné, ministre de la Construction, du Logement et de l’Urbanisme, a confirmé l’importance nationale du projet. «À Abidjan, seulement 25 % de la population est propriétaire. Le loyer est le deuxième poste de dépense après l’alimentation. Avec Tylimmo, nous entrons dans un cercle vertueux qui va stimuler le crédit hypothécaire», a souligné le ministre. Il a également salué l’expérience acquise avec Push, la considérant comme un «socle solide» pour cette nouvelle aventure.

Carole Agnero, présidente de la Chambre du droit des affaires et de l’immobilier (CDAIM), s’est également réjouie de cette avancée : «Tylimmo apporte une réponse concrète via la digitalisation des loyers et le scoring des acquéreurs. Nous pouvons désormais envisager l’avenir de l’immobilier avec détermination.»

Le nouveau défi de Bédi

Avec Tylimmo, Steven Bédi s’attaque à un défi de taille : étendre l’impact au logement, pilier fondamental de la stabilité sociale. En harmonie avec les réformes gouvernementales sur le foncier urbain, elle vise à tomber les barrières pour les ménages inéligibles. Les agences immobilières gèrent sans se déplacer, les banques consultent les scores pour financer. Résultat ? Une Côte d’Ivoire où Awa et Koffi, nos héros ordinaires, deviennent propriétaires.

Et Bédi de conclure : «À mes jeunes frères je voudrais dire : vous ne perdrez jamais rien à privilégier l’impact à l’argent !» Plus qu’une plateforme, Tylimmo représente pour lui un nouveau chapitre historique, où le privé et l’État unissent leurs forces pour un toit à chaque Ivoirien.

adjoba@impact-numerique.com

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